Qui est Woody Guthrie, le père de la protest-song américaine ?

New-York, 1967. Un homme pris d’un accès de folie sur un lit d’hôpital fabule sur une vie extraordinaire. Le patient prétend être un chanteur de folk et un écrivain connu. D’après ses dires il aurait écrit plus de 2500 chansons et un livre à succès.

Quelques jours plus tard Woody Guthrie meurt de la maladie de Huntington et emporte avec lui sa vie faite de tumultes et de détours. Retour sur une histoire liée à une amérique en crise et en recherche d’identitée.

Woody Guthrie est l’artisan du folk américain contestataire. Sa folk enfantera les plus grands des 60’s comme Peter, Paul & Mary, Joan Baez et bien sûr Bob Dylan. Son roman autobiographique En route pour la gloire, est aussi une des influences majeure de la beat generation.

Woodie Guthrie naît le 14 juillet 1912 dans l’Oklahoma dans une famille aisée qui connaît un destin tumultueux. Dès sa plus tendre enfance sa mère subit des épisodes de folie qui la rendent violente envers ses enfants et son mari. En l’espace de quelques années, le jeune Woody perd sa soeur sous les coups de sa mère. Quant à son père, il finit grièvement brûlé et la famille perd toute sa fortune.

C’est en 1927 que l’enfant unique est abandonné dans un orphelinat. Son histoire familiale est le terreau fertile de sa grande sensibilité envers les déshérités, les expropriés, les expulsés et tous ceux rejetés par la société. Il distille ses messages dans des récits empreints d’optimisme et d’humour.

On raconte qu’à 17 ans, il passe tout son temps dans la bibliothèque municipale de Pampa. Sa curiosité insatiable fait de lui un autodidacte doué: il est tour à tour dessinateur, peintre, chanteur, harmoniciste et guitariste.  En 1930, il gagne ses premiers dollars en peignant des panneaux publicitaires. C’est également à cette période qu’il s’investit dans la musique en formant son premier groupe: Corn Cob Trio qui reprend des standards de The Carter Family.

 

 

A 20 ans, il se mari. Alors que tout semble montrer qu’il est prêt à s’installer, il commence à voyager seul. Au début, il vagabonde dans le Texas, payant ses voyages grâce à son travail de peintre publicitaire. Mais un jour il se fait voler ses pinceaux et décide alors d’emprunter une guitare pour chanter afin de continuer son voyage.

Dès lors, il adopte la musique comme moyen d’obtenir le gîte, le couvert et le transport. Il commence à chanter pour les réfugiés des grandes tempêtes de sable du sud du Texas. Ces réfugiés, en plus des intempéries sont expropriés de leurs terres pendant la grande dépression. Le chanteur comprend leur peine et leur détresse, et écrit des chansons à leur sujet.

 

 

Dans The Great Dust Storm, il raconte avec humour le désastre d’une des plus grandes tempêtes de 1935. Dans la foulée, il écrit Do Ré Mi qui raconte la dure vie des migrants, qu’on appelle les dust bowl migrants.

 

 

En 1937, il s’installe à Los Angeles attiré par l’imagerie des cow-boy bands des films hollywoodiens. Finalement, il réussi à avoir une émission de radio en duo avec Maxine Crissman où il raconte des histoires en musique. Il joue le rôle du péquenaud naïf venant du Sud, mais profite de cette position pour critiquer la société de crise dans laquelle l’amérique est plongée.

A La fin des années 30 sa carrière décolle. A l’occasion d’une chronique dans un journal local, il visite les bidonvilles de dust bowl migrants. C’est à ce moment qu’il s’engage vivement pour leur cause en aidant dans des associations et en écrivant une série de chansons engagées comme I Ain’t Got No Home In This World Anymore.

 

 

C’est aussi à Los Angeles qu’il devient plus politique en jouant pour le parti communiste. Il se reconnaît dans le combat anti-capitaliste. Ce système qui utilise les migrants comme des esclaves des temps modernes.

En 1940, il décide de tout quitter pour tenter sa chance à New-York. Il est repéré par le célèbre Alan Lomax, grand mécène et producteur de blues et de folk traditionnel. Alan Lomax enregistre une interview de Woodie Guthrie qui devient une oeuvre déterminante dans la vie du chanteur.

 

 

Il connaît un franc succès lorsqu’il écrit la bande son du film Les Raisins de la Colère.

 

 

A New-York, il continu son travail de conteur à la télévision et à la radio pour dénoncer les travers de la société américaine. Mais son aventure New-Yorkaise prend fin lorsqu’il entre en désaccord avec ses sponsors qui le considère comme beaucoup trop critique.

Il retourne en Californie mais ne trouve plus l’inspiration suite aux déceptions rencontrées à New-York. Pendant quelques années, il vit de travaux en tout genre pour subvenir aux besoins de sa famille.

Il est finalement embauché pour composer la musique d’un documentaire pour la promotion du New-Deal (politique de travaux publics pour relancer l’économie). Il arpente le chantier d’un barrage et fréquente les ouvriers, ce qui lui inspire Columbia River Songs.

 

 

Cette opportunité le remet en selle et il déménage à nouveau à New-York. Il rencontre Pete Seeger avec qui il monte le groupe anti-guerre The Almanac Band. Le groupe aura un franc succès et devient une influence majeure des protest singer de la génération suivante (Dylan ou Baez).

Le groupe s’installe à Greenwich Village, un quartier de Manhattan. Ils forment une colloc’ très courue des intellectuels New-Yorkais des années 40. Cette collocation artistique est connue grâce aux soirées Hootenanny. Ces soirées font de Greenwich Village le berceau de la protest song américaine.

Woody Guthrie rentre définitivement dans l’histoire et le patrimoine américain en écrivant ses mémoires sous forme de roman. Bound Of Glory (trad. Sentiers de la gloire) rend le chanteur/auteur culte de son vivant. En 1944, Joe Asch le convainc d’enregistrer son oeuvre,  ainsi naissent les Asch Recordings.

Malheureusement, Woody Guthrie est atteint du même mal qui a tué sa mère. Il est hospitalisé dans les années 60 et succombe finalement en 1967.

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