Rien n’est plus compliqué que d’explorer le monument du rock qu’est Pink Floyd. Comment raconter, faire découvrir et peut-être faire aimer ce groupe qui a façonné la musique rock de ces dernières décennies ? Aujourd’hui, je tente de faire un guide éclairé du Floyd à travers 5 albums.

 

Pink Floyd c’est quoi ?

C’est LE groupe pilier du rock progressif né des expérimentations acid rock de la fin des années 60. Lorsque les membres originaux se réunissent en 65, la mode est à l’expérimentation sous acide. Les Beatles rendent leur musique plus psychédélique, le CREAM d’Eric Clapton cartonne et Jimi Hendrix expérimente avec succès. Cette nouvelle ambiance rock en Angleterre fourni un terreau fertile à ce nouveau groupe underground de 4 jeunes londoniens idéalistes et pleins d’illusions.

 

By the way which one is Pink?

Au cours de sa vie, le groupe va connaître différentes formations qui vont façonner son identité. La première, va lancer le groupe dans la stratosphère de la planète rock grâce au génie de son leader Syd Barett (guitare + chant) accompagné des trois autres membres fondateurs: Roger Waters (basse + chant), Richard Wright (claviers) et Nick Mason (batterie). Après avoir évolués dans plusieurs formations aux noms différents, ils choisissent finalement le nom de Pink Floyd en hommage à deux musiciens blues: Pink Anderson et Floyd Council. La formation de Barett sera à l’origine du premier album du groupe en 1967:The Piper at the Gates of Dawn. Malheureusement le leader se grille le cerveau par une consommation trop importante de drogue et n’est plus à même d’assurer un rôle au sein du groupe. En 1968 David GIlmour entre chez les Pink Floyd comme nouveau membre (à la guitare et au chant) pour soutenir le groupe qui voit leur leader se consumer sous leurs yeux (qui n’est plus capable de jouer ni de chanter) puis il finit par le remplacer. Après des expérimentations musicales plus ou moins réussies,  la nouvelle formation prendra son virage progressif avec l’album Meddle en 1971. Il sortira ses deux plus gros succès avec Dark Side of the Moon (1973) et Wish You Were Here (1975). Puis, The Wall sort en 1982 et signe un tournant psychologique pour le groupe, avec un Roger Waters aux commandes reléguant les autres membres au titre de sidemen. Après la réalisation de l’album The Final Cut en 1981 (considéré comme un album solo de Roger Waters), il quitte le groupe en déclarant sa dissolution. Gilmour n’accepte pas et continue de jouer avec Mason et Wright sous le nom de Pink Floyd.

 

The Piper at the Gates of Dawn

C’est l’album qui fera sortir le groupe des salles underground de Londres. De 1965 à 1967 The Pink Floyd Sound puis Pink Floyd est connu pour leur volume sonore en live et pour leurs concerts très étranges avec un éclairage psychédélique. Dans la capitale, lorsqu’on mentionne ce groupe, on le considère comme un ovni expérimental. Mais en 1967 tout change pour eux: ils signent chez EMI pour enregistrer un album dans les mythiques studio d’Abbey Road. C’est en août de la même année, lorsque l’album sort, que le grand public découvre un album mutant, mêlant expériences sonores, théâtralité et riff de guitare rock.

A l’écoute, The Piper c’est la fascination pour la conquête spatiale de la fin des années 1960 (non sans rappeler du Bowie dans le thème) mêlée à l’exploration poétique de Syd Barett largement influencé par l’écrivain Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles). Rien qu’en lançant la première piste, Astronomy Domine, on est projeté dans un rêve spatial grâce aux sons de radio et autres imitations de radars, le tout, porté par la voix flegmatique de Syd Barett.

Une des singularités de l’album repose aussi dans le chant. Tour à tour Roger Waters et Barett font la comédie en jouant sur les mots et les accents pour conter des histoires enfantines comme dans Lucifer Sam, Pow R. Toc H, The Gnome ou Scarecrow. D’ailleurs, cette naïveté leur a valu des critiques traitant leur musique de régression enfantine. Mais malgré toutes ces originalités qui font de cet album une oeuvre biscornue et expérimentale, il conserve une ambiance rock sixties indéniable.

Dès les premières secondes d’Astronomy Domine, de Matilda Mother ou Interstellar Overdrive on comprend que leurs influences viennent du blues et du RnB avec leurs riffs accrocheurs. Dans Matilda Mother on ne peut pas s’empêcher de penser aux solos de claviers de Ray Manzarek avec The Doors. Il est aussi facile de comprendre à quel point cet album a été fondateur dans la culture rock des années 70: il est fort probable que Jimmy Page de Led Zeppelin se soit inspiré d’Interstellar Overdrive pour le pont instrumental de Whole Lotta Love.  

Syd Barett

The Piper at the Gates of Dawn sera l’album référence de la période où le leader était encore Syd Barett. La publication de The Piper aura eu le mérite de mettre Pink Floyd sous les feux des projecteurs et de lancer sa carrière. Mais le succès de l’album rend Pink Floyd mainstream et les membres ne savent pas gérer leur nouvelle célébrité. Le groupe s’enfonce progressivement dans une paranoïa et un cynisme qui leur vaut d’être détesté de leur public.

Au même moment, Barett s’enfonce dans la drogue. Lors de leur deuxième passage dans Top of the Pop en 1967, le couperet tombe: Barett est détruit par l’acide, il n’arrive plus à jouer de la guitare ni même à chanter des paroles intelligibles. Les managers et la maison de disques paniquent et ne veulent plus soutenir Pink Floyd sans Barett. C’est alors que le groupe fait appel en 1968 à un de leur ami d’enfance: David Gilmour. Gilmour va être le support qui va maquiller la déchéance de Syd Barett sur scène pendant quelques mois avant de prendre sa place définitivement.

 

Meddle

Cet album marque un tournant dans la musique et la carrière de Pink Floyd. D’abord, Meddle témoigne du passage du rock psychédélique au rock progressif, puis, le morceau Echoes va paver le chemin vers les deux futurs mastodontes que sont Dark Side of the Moon et Wish You Were Here. Effectivement, je retiens Meddle parce qu’il illustre un nouveau Pink Floyd par rapport à The Piper at the Gates of Dawn. Un groupe plus crédible, plus mature et plus progressif. Fini les divagations sous acide et les recherches sonores extravagantes des premiers albums. Ce Pink Floyd là sait ce qu’il fait. C’est un album surprenant.

Meddle

La face A de Meddle est convenue, lisse et n’a pas plus d’intérêt que ça. On écoute cette première partie en se demandant ce qu’il est advenu de notre groupe psyché/expérimental préféré. On a désormais une sorte de néo-Beatles pop rock qui fait une démonstration de sa maîtrise des codes de la musique pop. On a même le droit à une chanson blues acoustique sans autre chanteur qu’un chien. On se croit au milieu d’une mauvaise blague.

Que se passe t-il ?

La réponse à toutes nos interrogations vient avec la dernière piste de l’album: la (re)naissance du Floyd ! Echoes est indéniablement le morceau qui va définir le nouveau son du groupe. Il excelle à installer une ambiance crescendo: des notes de piano dans le vide, comme une faible pluie qui annonce un orage, puis un synthé comme un nuage sonore et qui se transforme finalement en morceau fleuve épique avec des touches funky et rythmées. C’est du pur Pink Floyd : un long morceau qui donne une sensation de jam-live parfaitement huilé tout en gardant le chant et les paroles mélancoliques de Waters et Gilmour. Finalement, on se dit que le but de cet album est de prendre l’auditeur par surprise en le baignant dans un pop-rock 70’s sans relief pour finir avec une longue composition de 23 minutes typique du groupe. Cette chanson est l’introduction de la machine à tube qu’on connaît aujourd’hui.

The Dark Side of The Moon

Après avoir vécu sa mue avec l’album Meddle, Pink Floyd part à la conquête du succès commercial sous la pression de sa maison de disque (EMI). Le but du jeu: séduire les Etats-Unis, territoire emblématique de la réussite.

La naissance de cet album n’est pas évidente. Elle commence par un jam en tournée et quelques idées enregistrées à la volée sans grandes convictions. Elle continue par des séances d’enregistrement à Abbey Road, constamment interrompues par des obligations live aux 4 coins du monde. Puis finalement, les membres accouchent de leur bébé en Mars 1973.

Dark Side Of The Moon

The Dark Side of The Moon est musicalement une conséquence directe de Echoes. Une ambiance musicale qui parcours l’album et raconte une histoire tout au long des dix titres. L’histoire c’est celle de l’angoisse des tournées, de la peur de la mort et de la descente vers la folie (largement inspirée de celle de Syd Barett). Les trois premiers morceaux s’enchaînent comme un seul. Speak To Me c’est l’angoisse de la tournée et des vols à répétitions. Évoquée, ici, par le création sonore d’un crash d’avion soutenu par les arpèges en accélérés de la guitare qui donne l’impression d’un radar militaire. L’enchaînement entre Speak To Me et Time évoque le réveil d’un cauchemar. Time symboliserait la poursuite d’une menace invisible (la mort, la folie, le profit) pour finir au ‘paradis’ dans The Great Gig in the Sky où on appréciera le célèbrissime solo de voix (sans mots articulés) de Clare Torry.

Le premier silence de l’album est avant le tube Money pour signifier le changement de thème. Ce titre archi célèbre est une critique cynique du système capitaliste dans lequel le groupe est obligé de prendre part, et qui, ironiquement, va les mener au succès.

En continuant sur Us and Them ce sont les angoisses de Roger Waters qui entrent en jeu, celles, vis à vis de la mort de son père mêlées à l’incompréhension de l’engrenage du business de la musique. L’album fini sur Eclipse avec les mêmes battements coeur par lesquels l’aventure a commencé. Pink Floyd semble concevoir un album qu’on pourrait écouter en boucle sans percevoir de début ni de fin comme coincé dans les nimbes de la folie. Ici, le groupe est au sommet de son art en maîtrisant l’écriture et la composition. En jouant avec des bruits fabriqués d’explosions, d’annonce d’aéroports, de battements de coeur et d’autres prouesses techniques pour l’époque, le groupe fait une démonstration de sa maîtrise des studios (avec quand même l’aide du légendaire ingé son Alan Parsons). Dark Side of the Moon deviendra très vite un album référence en terme de qualité d’enregistrement et d’ingéniosité. S’en suivra une tournée monstre et un retour en studio sous pression pour asseoir son succès.

Wish You Were Here

Cet album est enregistré dans la foulée de Dark Side of the Moon et les 4 membres connaissent des difficultés à assumer le succès. Ils mettent des semaines à finir une chanson, parfois ils viennent au studio sans rien faire, les membres ne se parlent plus. Ils subissent la grande désillusion du succès, un engrenage infernale dans lequel ils sont coincés. Finalement, l’album fini par être une introspection ressassant des sujets philosophiques comme l’absence couplée à des thèmes sur la dureté de l’industrie de la musique. D’ailleurs, la pochette du vinyle original – un homme serrant la main d’un autre homme en flammes – symbolise la manière dont l’industrie musicale consomme ses artistes (Roger Waters raconte que le terme “You’ve been burnt” voulait dire qu’on s’était fait avoir par le business, d’où la pochette). Album à charge donc.

Wish You Were Here

Les morceaux rocks et groovy Welcome To The Machine et Have a Cigar sont sans équivoques. L’absence en général et la difficulté à interagir avec le public va être le centre du tube Wish You Were Here. Mais plus important encore, l’enregistrement sera ponctué d’une des anecdotes qui façonnera l’ambiance de l’album. Alors qu’ils finalisent l’enregistrement de Shine On You Crazy Diamond (chanson hommage à Syd Barett) un homme bedonnant au regard vide, le crâne et sourcils rasés entre dans le studio. Pendant un instant on pense à un intrus, mais finalement Nick Mason le reconnaît. Il s’agit de Syd Barett, méconnaissable, consommé par la maladie mentale et l’isolement. Cette apparition donnera la tonalité à cet album empreint de colère et de culpabilité.

Wish You Were Here marquera aussi un basculement dans le leadership du groupe. Dans de nombreux interview, Mason, Wright et Gilmour considèrent que l’enregistrement de cet opus marqua le début d’un Roger Waters plus autoritaire et plus perso. Ce qui nous amène tout droit à l’album The Wall, point de rupture de la cohésion du groupe.

The Wall

The Wall est probablement l’un des albums les plus connus de Pink Floyd dont on retient deux titres particulièrement emblématiques: Another Brick In The Wall, Pt2 et Comfortably Numb.

The Wall

Cet opus est un concept construit par Roger Waters pensé comme un chef d’oeuvre grandiose mêlant un double album, un film et une tournée légendaire. Tous les grands artistes du rock ont eu le droit à leur opéra-rock (The Who, Bowie, Prince, …) et Pink Floyd n’échappe pas à cette étape.

L’idée du mur viendrait de la difficulté de communication entre le groupe et son public. Alors que le groupe joue sur la tournée Wish You Were Here, Roger Waters agacé par le décalage entre la gravité de la musique et l’enthousiasme de son public, crache sur un fan. De cette action Roger Waters va affirmer la présence du quatrième mur en faisant construire un véritable mur sur scène à chacune des représentations de leur tournée emblématique. Ce gigantesque mur se construit au fur et à mesure du concert puis finit par exploser sur le public.

Ce qui reste de l’aventure The Wall est simple. C’est l’histoire d’un rockeur (Pink) qui passe en revu sa vie en égrenant ses traumas: la mort de son père à la guerre, l’oppression du système, la folie, la drogue. En résumé, les thèmes favoris de Pink Floyd, pour ne pas dire de Roger Waters seul. En effet, à ce stade, Waters est totalement aux manettes de l’album en composant, écrivant et même en décidant seul de la direction artistique de la tournée. Alors, à l’écoute, ne vous étonnez pas de la noirceur et du cynisme des paroles, c’est tout à fait voulu.

Et Après

C’est finalement après l’enregistrement de l’album The Final Cut que Roger Waters décide de quitter le groupe. L’anecdote raconte que Waters aurait même viré Wright pour le rappeler quelques mois après comme musicien sur l’enregistrement de l’album. Au sommet de sa paranoïa, le bassiste fini par proclamer la fin du groupe. Or, Pink Floyd étant une entreprise à part égale, les trois autres membres décident de continuer l’aventure. Gilmour, Wright et Mason s’en iront jouer les tubes de Pink Floyd autour du monde et enregistrer encore 6 albums dont un live. Le groupe se reformera exceptionnellement sur scène lors du concert de charité Live 8. Cette réunion sera considérée comme historique.

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