Ce mois-ci penchons nous sur la mystérieuse histoire de Robert Johnson. Bluesman de talent, inconnu de ses contemporains mais traînant une légende glaçante derrière lui. D’une enfance difficile à la rencontre avec le diable, voici la petite histoire de Robert Johnson.

 

Johnson est un bluesman américain né en 1911 dans le Mississipi. Cela fait plus de cinquante ans que l’esclavage est aboli mais les tensions raciales restent encore très fortes, surtout dans les états du sud comme dans le Mississipi. Il naît dans une plantation de coton où les travailleurs noirs sont encore exploités. Le contexte est rude et s’apparente à un esclavage moderne.

 

Le jeune Robert grandit dans la misère et dans le chaos familial. Transporté de villes en villes, il est successivement abandonné par son père biologique, son père adoptif puis sa mère. Mais ses errances le conduisent à rencontrer deux mythes du blues: Charlie Patton & Willie Brown. Il a alors 18 ans et ses deux mentors lui enseignent les bases de la guitare blues. Malgré cet apprentissage, Robert ne parvient pas à exceller et reste un musicien médiocre.

 

Au même moment sa femme de 16 ans perd leur premier enfant à l’accouchement, ce qui à pour effet de plonger le jeune Robert dans une profonde dépression. Les premiers récits mystérieux entourant sa vie commencent à se manifester à cette période. On raconte que Johnson aurait perdu son enfant à cause de sa passion pour le blues, autrement appelé “Musique du diable”.

 

Malgré tout, il continue sa vie de musicien.

 

Il finit par retourner dans sa ville natale de Hazlehurst où il rencontre Ike Zinnerman, son dernier mentor. Grâce à Zinnerman, le jeune bluesman découvre des nouvelles pratiques de perfectionnement à la guitare. Notamment par des séances de répétition au coeur de la nuit au milieu des tombes.

 

Quelques mois plus tard, Charlie Patton et Willie Brown entendent parler d’un nouveau bluesman virtuose jouant dans tous les juke-joints de la région. Intrigués, ils assistent à un show un soir, et quelle fut leur surprise lorsqu’ils réalisèrent qu’il s’agissait de Robert Johnson.

 

Surpris par les progrès de leur jeune ami, ils l’interrogent et découvrent un Robert Johnson transformé. En à peine quelques mois, Johnson est devenu virtuose de la guitare et un chanteur habité. Il est  acclamé dans tous les bars du delta du Mississipi. La seule explication qu’il donne à ce changement est qu’il aurait fait une rencontre fortuite au carrefour de deux routes à quelques miles de là.  

 

Ce que nous apprend ses morceaux, c’est qu’il aurait conclu un pacte avec le diable.

 

Dans les paroles de sa mythique chanson Crossroad, il revient au carrefour pour demander pardon à Dieu pour son acte:

 

I went to the crossroad, fell down on my knees

I went to the crossroad, fell down on my knees

Asked the Lord above

Have mercy now, save poor Bob if you please

 

Le deuxième couplet confirme aussi la théorie du pacte. Ses paroles veulent à la fois dire que Dieu ne répond pas mais aussi qu’il essaye de faire du stop et que personne ne le remarque. Ce couplet serait l’aveu d’un incident mystique où il aurait disparu du monde des vivants:

 

Standin’ at the crossroad, tried to flag a ride

I tried to flag a ride

Didn’t nobody seem to know me

Babe everybody pass me by

 

 

Dans Hellhound On My Trail, il décrit comment il essaye d’échapper aux chiens de l’enfer, certainement envoyé par le diable lui-même pour le rapatrier dans les abîmes:

 

And the days keeps on worryin’ me

There’s a hellhound on my trail, hellhound on my trail

Hellhound on my trail

 

L’histoire de Robert Johnson va plus loin qu’un mythe fantastique autour d’un seul homme. Le diable dans le blues est un personnage récurrent, devenu une figure de style pour décrire la difficulté de la vie quotidienne. Par exemple, dans Sold My Soul To The Devil – première chanson enregistrée mentionnant le diable, Clara Davis décrit son maquereau comme le diable en personne. Dans le sud des Etats-Unis, les interprètes blues commencent eux à utiliser la figure du diable pour décrire l’exploiteur blanc qui utilise le dur labeur des populations noires pendant et après l’esclavage. Le diable devient très vite le symbole d’une amérique en pleine ségrégation.

 

Outre les problèmes raciaux, le malin intervient aussi dans les chansons d’amour et de relations brisées. Il devient le trouble-fait dans les couples et est responsable d’un désir sexuel incontrôlé menant à l’adultère. Dans le blues féminins du début du siècle, le diable est aussi un esprit qui donne force et courage pour chanter ses désirs sexuels.

 

Si mentionner le diable dans le blues est une chose récurrente, l’histoire de Robert Johnson n’en reste pas moins mystérieuse et fascinante. En plus d’avoir une technique de guitare bien supérieure à ses contemporains, il écrivait lui même ses propres chansons, ce qui pour l’époque était un fait assez rare. Effectivement, au début du siècle, les chansons de blues enregistrées étaient souvent des reprises de negro spirituals ou des chants de travail.

 

Robert Johnson meurt à 27 ans dans des conditions étranges et jamais élucidées. Alors dans la fleur de l’âge, il est retrouvé mort un matin dans son lit. A l’heure actuelle, personne n’a encore expliqué comment cet homme est devenu un virtuose et a écrit autant de chansons en si peu de temps.

 

Le malheur dans son histoire est qu’il enregistra bien un disque, mais resta inconnu du grand public pendant la première moitié du XXème siècle. Il fut redécouvert par les musiciens anglais des années 60, qui étaient influencés par les disques d’outre-Atlantique. Lorsqu’on pense aux chansons Crossroads ou Love In Vain, on pense d’abord à Cream ou The Rolling Stones avant de réaliser qu’elles ont en fait été écrites par Mr Johnson.

 

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