Aujourd’hui, nous racontons l’histoire d’une résurrection. Celle d’un auteur, chanteur, compositeur mythique des années 1950.  A la fois un des piliers de la musique country et un large contributeur à la naissance du rock n roll.

Nous sommes en 1993 et Johnny Cash, récemment lâché par sa maison de disque, rencontre le producteur Rick Rubin (RHCP, Slayer, RUN-DMC, etc…) avec qui il s’apprête à  collaborer pendant près de 10 ans.

Cette aventure qui durera jusqu’à sa mort, donne une série d’albums à succès qui apporte à l’artiste septuagénaire un succès sans précédent. Retour sur cette collaboration aussi improbable qu’intrigante.

Johnny Cash est né en 1932 aux Etats-Unis dans une famille rurale de l’Arkansas. Il grandit en travaillant dans les champs de ses parents avec son frère qu’il perd dans un accident de travail.  Un fois arrivé à la majorité il s’enrôle dans l’armée pour fuir ses parents et surtout son père qui le considère responsable de la mort de son frère. C’est au cours de ces 4 ans dans l’armée qu’il s’initie à l’écriture et à la guitare.

En 1955, il signe chez Sun Records la maison de disque qui lance presque simultanément la carrière de Jerry Lee Lewis et Elvis Presley.

Dès lors sa carrière décolle avec des succès comme Cry Cry Cry et I Walk The Line, il signe ensuite chez Columbia, major qui le séduit avec une garantie de liberté artistique totale.

 

 

Mais dès la fin des années 1950 Johnny Cash se met à consommer une grande quantité de drogue, il subit des crises de paranoïa et en 1968 il fait une tentative de suicide. Les producteurs sont tous prêts à le lâcher, mais sa futur femme June Carter le sort de sa dépression et l’encourage à remonter sur scène.

Malgré une carrière en dents de scie, il demeure un des plus jeunes artiste à être intronisé au Country Hall Of Fame,  et plus tard, il est également intronisé au Rock N Roll Hall Of Fame, deux institutions qui récompensent la carrière et l’influence d’un artiste.

 

 

Mais dans les années 1980, il commence une longue traversée du désert. Effectivement, la country n’est plus à la mode et Columbia effectue très peu de promotion à son égard. C’est aussi durant cette décennie qu’il retombe dans ses problèmes de drogue.

C’est donc en 1992, alors que sa carrière suit un parcours moribond et que sa maison de disque décide de ne plus collaborer avec lui qu’il rencontre Rick Rubin. Rick Rubin est le producteur à succès qui est à l’origine des plus grands succès de groupes de rap et de métal comme Slayer, Run-Dmc, Beastie Boys, Red Hot Chili Peppers, etc. …

Lorsque cette collaboration est annoncée, cela fait l’effet d’une bombe dans l’industrie musicale. Quelle folie à encore frappé Rubin de signer ce vieux dinosaure ? Le chanteur de country a alors une soixantaine d’années et nombreux considèrent sa carrière finie.

Le génie de Rubin est de comprendre que le man in black a encore un message à porter. C’est ainsi qu’ils entrent en studio pour enregistrer le premier volet d’une longue série d’album: American Recordings.

En 1993, c’est un paris osé de vouloir sortir un album de country. D’autant plus que ce premier album est à l’opposé de ce qui se fait à cette époque. La country diffusée sur les ondes est alors très pop, colorée et joyeuse.

L’album est tiré des écrits de Cash et des chansons qu’il n’a pas pu enregistrer avec Columbia. A l’image de la première chanson Delia’s Gone, l’album est noir et aborde des thèmes comme l’absence, la mort et l’addiction. Tant de thèmes qui ont hanté l’artiste depuis son plus jeune âge.

 

 

Ce premier single est, sans surprise boudé, par les circuits folk et country traditionnels. Jugeant le clip qui met en scène la mort d’une jeune femme trop subversif. Mais alors que le succès de American Recordings semble compromis, MTV met le clip de Delia’s Gone dans sa playlist.

Grâce au rayonnement de la chaîne musicale et de son influence dans l’industrie du disque, la génération des 15-25 ans découvre l’exceptionnel talent du chanteur. C’est en touchant ce nouveau public que Rubin offre à Johnny Cash un come-back réussi.

L’album remporte en 1995 le Grammy Award du meilleur album folk de l’année. Récompense qui vient comme un pied de nez à l’industrie country qui, en plus de refuser de le diffuser, ne le nomme dans aucune catégorie des prestigieux Country Music Association (CMA) et Academy of Country Music (ACM).

C’est d’ailleurs à l’occasion de ce succès, que American Recordings, le label de Rubin publie la fameuse photo de Cash faisant un doigt d’honneur avec comme légende:

American Recordings et Johnny Cash souhaitent rendre hommage aux institutions de l’industrie musicale et aux radios country pour leur soutien”

 

cash flip

American II : Unchained se démarque une fois de plus dans le paysage country. Johnny Cash et Rick Rubin n’en finissent pas de surprendre. Pour faire contrepied au premier American Recording – qui est un album acoustique solo – les deux hommes font appel au légendaire groupe Tom Petty and the Heartbreakers.

Tom Petty est un chanteur et guitariste à l’origine de nombreux classiques du rock américain comme Free Fallin’ ou Learning To Fly. Cette collaboration montre que Cash est encore capable de se faire accompagner d’un groupe et conserve la fougue de ses débuts.

 

 

American II marque aussi la volonté de l’équipe de Cash de plaire à une audience rajeunie. C’est pour cela que l’on retrouve, en plus des chansons originales de Cash, des reprises entre autres  de Tom Petty (Southern Accent), Soundgarden (Rusty Cage) ou de Beck (Rowboat).

 

 

Encore une fois, l’album est un franc succès, il remporte le Grammy du meilleur album Folk et Cash est nommé aux Grammy dans la catégorie de meilleure performance vocale masculine. Un succès qui n’est toujours pas reconnu par la scène Country américaine,  le snobant une fois encore aux grandes cérémonies country nationales.

En 2000, le duo Rubin/Cash continu sur la lancé des American Recordings, malgré la maladie du chanteur, en enregistrant American III: Solitary Man . En 14 titres et deux reprises brillantes: I Won’t Back Down (Tom Petty) et One (U2), Cash remporte cette fois le Grammy de meilleure performance vocale country.

Plus prolifique que jamais, Cash sort American IV : The Man Comes Around en 2002. Il s’agit d’un des American Recordings les plus connu car il est composé de reprises tout à fait inattendues et parfaitement réussies.

L’album est composé avec l’aide de grands noms de la musique comme John Frusciante, guitariste des Red Hot Chili Peppers, qui compose l’arrangement de la chanson Personal Jesus. Cash travaille aussi pêle mêle avec Fiona Apple, Nick Cave et Don Henley des Eagles.

 

 

La chanson qui fait le plus parler d’elle est la reprise de Hurt du groupe Nine Inch Nail. Dans des interview, Trent Reznor, l’auteur du titre, refuse que quelqu’un d’autre puisse chanter ses paroles éminemment personnelles. Mais Cash interprète la chanson d’une manière si poignante et respectueuse que l’auteur original donne son accord pour publier la chanson.

 

 

American IV est le dernier album du chanteur publié de son vivant. Il meurt en 2003 à l’âge de 71 ans. L’académie des ACM reconnaît finalement son succès en récompensant Hurt en 2004.

 

 

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