On sait que la mésopotamie est le berceau de l’Humanité, on sait moins que Greenwich Village est le berceau du folk revival.  C’est dans ce coin du Lower-East Side de New-York qu’on voit débuter dans les 60’s des artistes comme Bob Dylan, Joan Baez, Peter, Paul & Mary ou Joni Mitchell.

Visite d’un quartier au coeur de la contre-culture américaine qui est à l’origine des plus grands succès folk.

Au début, il y a The Village, un quartier ouvrier où les ménages peu fortunés s’attachent à une existence simple et sans extras. Cette vie populaire est le terreau fertile pour les sympathisants du parti communiste, les premiers hippies, les premier hipsters, les beatniks et les artistes en tout genre.

Dans les années 50, le quartier bouillonne d’activités culturelles. Les meilleurs théâtres sont dans cette partie de la ville. Mais ce qui fait la renommé du Village sont les Hootananny organisés dans les appartements et dans les cafés. Les Hootananny sont des célébrations où n’importe quel artiste peut venir et diffuser son art au public. Ces fêtes se passent parfois chez les gens eux-mêmes ou dans des cafés comme le Café Wha? , le Bitter End ou le Gaslight. Ces fêtes sont le coeur de l’activité de Greenwich Village.

De célèbres Hootananny étaient organisés par Woody Guthrie et Pete Seeger, deux chanteurs folks protestataires. Les deux hommes qui forment par ailleurs le Almanac Band, critiquent férocement la société à travers leurs chansons. Le groupe est aussi blacklisté par les médias pour leur supposée appartenance au parti communiste. Leurs Hootananny ont contribué à souffler un vent contestataire dans ce quartier de Manhattan.

Mais la culture folk s’étend bien au delà des murs des Hootananny. Un endroit important de Greenwich Village est le Washington Square Park. C’est un petit parc où les musiciens et joueurs d’échecs cohabitent. Bordé de pelouse et d’arbres, son centre est une place avec une fontaine faisant face à une grande arche. Les chanteurs folks viennent jouer pour la foule de curieux. C’est à cet endroit que Bob Dylan rencontre sa petite amie de l’époque, Suze, la femme qui l’accompagne sur la pochette de son album The Freewheelin’.

bob dylan freewheelin
Bob Dylan The Freewheelin’

Le 9 avril 1961, ce parc devient le symbole de la contre-culture et le soulèvement de la jeunesse. Alors que les chanteurs devaient obtenir un permi pour chanter, les autorités décident de ne plus en donner.

Le premier à s’insurger contre cette interdiction de chanter est Izzy Young. Il est le gérant du Folklore Center sur Macdougal Street, lieu de rencontre entre musiciens du Village. Suite à l’interdiction il monte une manifestation pacifiste pour protester contre cette décision.

Comme son magasin est le coeur de la scène folk de Greenwich Village, son cortège réuni plusieurs centaines de personnes. Or, dans le parc, plusieurs fourgons de police et des agents à cheval bloquent la manifestation. En tête de cortège, Izzy Young tente de raisonner l’officier en charge et lui rétorque que l’interdiction de chanter porte atteinte à la liberté d’expression. C’est alors qu’il harangue la foule en chantant l’hymne américain, repris par des centaines de personnes.

C’est à ce moment que la police frappe et embarque les manifestants. Face à une violence inexpliquée, la manifestation est dispersée. Le cinéaste Dan Drasin capture ce moment dont voici les extraits.

 

 

Cette manifestation connue sous le nom de The beatnik Riot est tombée dans l’oublie. Mais il symbolise les tensions générationnelles dans une Amérique en pleine guerre froide et embourbée dans la guerre du Vietnam. Cet événement renforce le Village comme lieu de protestation et de critique à travers l’art.

Même si Washington Square Park est le centre du Village, il n’en reste pas moins que plusieurs cafés ont marqué l’histoire de ce quartier. Effectivement, à la fin des années 50, le café était considéré comme la nouvelle “drogue” du Village. Les hipsters s’attablent dans les fameux coffee shops pour fumer, siroter des espressos et parler de Sartres.

Un des lieux les plus emblématique est le fameux Café Wha?. En 1959, Manny Roth entend parler d’une vieille écurie à rénover sur MacDougal St. Il reconnaît le potentiel de coffee shop et achète le lieu. Il devient le fameux Café Wha? immensément connu pour avoir vu passer des mythes du folk-rock commes Dylan, Hendrix ou Springsteen.  Dans son café , Roth fait venir des chanteurs dans la cave qu’il a spécialement aménagé pour les shows. Les artistes sont systématiquement payés au chapeau et ont le droit à un dîner s’ils sont bons.

Dylan vient y jouer ses premiers concerts, d’abord en tant que harmoniciste puis en tant que chanteur folk. Il passe ses premières représentations à chanter des reprises de Woody Guthrie.

 

 

Au milieu des 60’s, un certain Jimmy James (futur Jimmy Hendrix) joue avec son groupe The Blue Flames. En 1967, un jeune inconnu vient avec son groupe Castiles pour jouer l’après-midi (tranche réservée aux adolescents), il s’agit du jeune Bruce Springsteen.

Un peu plus loin, sur Bleeker St. il y a le Bitter End. Ouvert en 1961, il est d’abord un coffee house avant d’être une salle de concert. Lorsque la scène ouvre, de nombreux jeunes amateurs viennent y jouer comme Stevie Wonder, Bob Dylan (encore !), Curtis Mayfield, etc. …

Les folkeux du Village traînaient aussi au Gaslight. Bien que ce café ait le même pedigree que le Café Wha? ou le Bitter End, il reste l’endroit où on entend pour la première fois Blowin’ In The Wind de Dylan.

 

 

Aujourd’hui Greenwich Village est un quartier chic de New-York. Mais on y croise encore des nostalgiques des 60’s et des passionnés de musique. La plupart des cafés mythiques ont été remplacés et le vent protestataire s’est calmé. Néanmoins en parcourant les rues, on peut presque entendre les rumeurs de Just Like a Woman.

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