Depuis 2017, le marché de la musique est en croissance positive. C’est enfin le signe que l’industrie réussie à trouver son modèle économique dans l’ère du numérique. Cette croissance est dopée par les ventes en streaming, qui représentent 41,6% des revenus de l’industrie (source: SNEP)

 

Mais alors que les ventes physiques ont drastiquement chuté depuis 2002, il subsiste un grand gagnant: le disque vinyle.

 

Rien qu’entre 2016 et 2017, les ventes de vinyles ont augmenté de près de 70%. Bien plus qu’un achat élitiste, réservé aux connaisseurs, ce support est devenu un véritable outil commercial pour les artistes.

 

POURQUOI LE VINYLE EST-IL IMPORTANT POUR UN JEUNE ARTISTE OU GROUPE ?

 

Organisation

 

Le vinyle reste un formidable support pour les jeunes groupes de 2 à 3 ans d’existence. C’est simple, avoir l’ambition de faire un vinyle permet de définir des objectifs très précis en termes musicaux et artistiques.

 

Effectivement, cette échéance permet de construire un parcours cohérent à moyen-terme (horizon 6 mois/1an). Un parcours cohérent se caractérise par l’enregistrement, l’impression et la distribution d’un vinyle.

 

Seul ou accompagné d’un manager, l’artiste se concentre sur la recherche de studio (si besoin, car on le sait l’auto-production est de mise aujourd’hui), de label (aujourd’hui, le principal financeur d’enregistrements, de la distribution et de l’impression), d’éditeur et de distributeur.

 

Préparation

 

Préparer un enregistrement professionnel, à savoir un ensemble de titres cohérents (album ou EP), nécessite une réelle prise de conscience artistique. Ainsi, l’artiste doit veiller à construire ses morceaux autrement que pour la scène.

 

La direction artistique est extrêmement importante pour la production d’une oeuvre phonographique. D’abord, l’artiste ou le groupe lui-même peut avoir suffisamment de recul pour identifier les meilleurs choix.

 

Mais bien souvent il est plus judicieux de faire appel à une personne extérieure. Le mieux, étant de faire confiance à l’ingénieur son , qui souvent, revêt le rôle de producteur (selon le terme anglo-saxon producer) qui guide l’artiste dans la création d’un son et d’un univers.

 

Pour aller plus loin dans la préparation d’un enregistrement, voir article: Bien préparer ses sessions d’enregistrement

 

L’ultime merchandising

 

On le sait, aujourd’hui faire de l’argent avec la musique n’a jamais été aussi compliqué. D’une part parce que les sources de revenus se sont démultipliées depuis l’avènement de l’ère numérique et le partage à haute fréquence.

 

D’autre part, la concurrence est de plus en plus rude sur internet, la part du gâteau qui vous revient en tant que créateur s’amoindrit drastiquement. Aujourd’hui, les recettes des plateformes de streaming sont amoindries au point de gagner à peine une poignée de centimes par lecture.

 

A lire: Un musicien indépendant révèle ce qu’il gagne sur les plateforme en ligne.

 

“Aujourd’hui l’artiste doit se concentrer sur les sources de revenus aux marges les plus élevées.”

 

Comprenons que ce qui rapporte le plus par rapport aux coûts de fabrication est le merchandising, et en priorité les goodies comme des t-shirts, pin’s, stickers, etc. … L’utilisation de merchandising est primordial, du moins, en début de carrière, pour maintenir votre activité d’artiste.

 

Mais le vinyle est une exception dans toute la panoplie du merchandising. C’est un objet de promotion aussi bien que le fruit de votre activité musicale. De ce fait, vous pouvez maximiser vos profits grâce aux vinyles.

 

Exemple de calcul:

 

Vous êtes en tout début de parcours et vous avez la chance d’avoir une série de chanson à presser sur vinyle. Disons que vous faites une commande standard de 100 vinyles pour environ 800 euros.

En tant qu’indépendant, vous ne revendez pas en magasin, vous ne vendez que dans les manifestations publiques (release party, concerts, etc. …). Atteindre 100 ventes n’est pas compliqué.

 

Il suffit d’afficher un prix de 10 euros pour commencer à rentabiliser votre commande. C’est-à-dire que pour chaque lot de 100 vinyles vous gagnez 200 euros. Plus votre notoriété augmente, plus vous pouvez vous permettre d’augmenter le prix.

 

Votre bénéfice augmentera, si vous passez des commandes en plus grande quantité,  les intermédiaires appliquent généralement un prix dégressif sur le nombre de commandes.

 

COMMENT AVOIR SON PROPRE VINYLE

 

Dans cette partie j’élude un grand mystère pour de nombreux artistes indépendants. Comment éditer son propre vinyle, les démarches à suivre, les étapes à respecter et les spécificités techniques à connaître.

 

Quelle taille de vinyle ?

 

Il faut savoir que “le disque vinyle” englobe différentes formes et formats de disques. Le choix du disque se porte sur deux critères: le nombre de tours et la taille (en pouces).

 

Comme le montre le tableau ci-dessous, choisir la forme du vinyle est en relation direct avec votre projet artistique. Le nombre de tours et la taille correspond en réalité au nombre de minutes disponibles par faces.

 

TOURS TAILLE TEMPS PROJET
45 7’ 5 min par face SP
33 6 min par face
45 10’ 10 min par face EP
33 17 min par face
45 12’ 12 min par face EP / ALBUM
33 22 min par face

 

Ainsi, en entrant en studio vous connaissez votre objectif, à savoir un SP (Short Play – équivalent du single), EP (Extended Play – trois à quatre titres, trop court pour un single, trop long pour un album) ou Album.

 

Dans vos discussions avec les professionnels du vinyle sachez tout de même que les durées indiquées peuvent être dépassées en abaissant le volume sonore du vinyle. Le principe est le suivant: si on décide de mettre plus de titres sur une face, cela diminue l’amplitude des sillons donc le niveau sonore baisse.

 

Quel fichier utiliser ?

 

L’intérêt technique de faire un vinyle réside également dans la qualité du son. Le processus du passage du numérique à l’impression des ondes sonores sur un support physique accentu la qualité mais également les défauts d’un enregistrement.

 

C’est pour cela qu’avant d’envoyer votre son au pressage, il est primordial que vous ou votre ingénieur son connaisse les spécificités sonores d’un vinyle (par exemple, le vinyle bride les fréquences élevées à 22 kHz et il privilégie la précision sonore avec une dynamique de 60db).

 

Cela étant dit, si vous travaillez avec des professionnels vous n’avez aucun soucis à vous faire, ils savent à quoi ils ont affaire. Ils doivent savoir si votre projet est seulement à destination de support physique, ou digital, ou les deux.

 

En parlant de fichier, sachez que les imprimeurs de vinyles utilisent des mix aux formats audio dit non-destructif (qui ne perde pas leur qualité lors de transferts) qui sont des formats comme .wav ou .flac.

 

Qui presse mon vinyle ?

 

En France, il n’existe que deux usines de pressage de vinyles (MPO et M’Com Musique). Si vous les démarchez vous-même en tant qu’indépendant (vous êtes donc en dehors du circuit commercial du disque), les délais de communication, de fabrication et d’envoie risquent d’être très long (plusieurs mois).

 

Mais pas de panique, il existe des solutions pour les indépendants. Il faut s’adresser à des prestataires officiels auprès de qui vous faites vos demandes, qui se chargeront de passer commande auprès des usines.

 

Les deux plus gros prestataires sont Born Bad Records (qui passe commande exclusivement en France chez MPO) et 100vinyl qui propose le même service mais commande ses vinyles en République Tchèque principalement.

 

L’intérêt de passer commande chez les prestataires, est qu’ils vous proposent souvent un service complet. Ils prennent en charge le mixage optimal, la définition des normes graphiques, le choix de pochettes, etc. …

 

En ce qui concerne le prix des lots, cela dépend entièrement du prestataire. Sur 100vinyl vous pouvez commander un minimum  de 100 vinyles et cela vous coûtera environ 800 euros.

 

Comprendre les formats graphiques

 

Si vous envoyez un vinyle à l’impression, c’est que vous n’avez pas seulement l’aspect audio en tête, mais aussi l’aspect graphique. Vous êtes les premiers à le savoir, l’aspect de la pochette peut largement influencer votre achat !

 

Mais lors de votre commande il ne s’agit pas d’envoyer n’importe quelle image sous n’importe quel format ! Il faut que vos illustrations ou photos soient de suffisamment bonne qualité pour être imprimées en taille réelle.

 

Le truc c’est que tous les sites de prestataires vous donnent la liste des pré-requis mais sans explications supplémentaires … la plupart du temps pour que vous payiez plus pour un service graphique.

 

Ici, je vous explique comment envoyer les illustrations au bon format:

 

Qualité et résolution

 

Sur internet on vous parlera certainement de pixels, DPI, CMJN, PDF et j’en passe … rien de bien sorcier. Il faut juste avoir un logiciel graphique suffisamment avancé pour effectuer les modifs nécessaires: PhotoShop, Illustrator, InDesign ou PDF pro sont les plus courants.

 

 

  • Transmettez vos pdf au format CMJN. Le CMJN est un mode de colorimétrie destiné à l’imprimerie afin de conserver les couleurs. Mais comment passer en mode CMJN ?

 

 

  • PhotoShop: Images -> Mode -> CMJN
  • InDesign: toujours en CMJN
  • Illustrator: Fichier -> Mode colorimétrique -> CMJN
  • PDF pro: Affichage -> Outils -> Impression -> Convertir les couleurs -> Dans options de conversion, cocher les cases correspondantes.

 

NOTA: au passage assurez vous que votre taux d’encrage (le niveau d’encre utilisé) est suffisamment élevé (300%)

 

 

  • Réglez la résolution à 300 DPI minimum. Les DPI – dot per inch – est l’indicateur de résolution de votre illustration. Pour référence: 72 DPI représente un écran d’ordinateur, 300 DPI est une impression bonne qualité et 400 DPI est une impression haute qualité. Comment régler votre DPI ?

 

 

  • PhotoShop: Images -> Taille de l’image -> Rééchantillonnage
  • InDesign/Illustrator/PDF pro: l’image d’origine doit-être en 300 DPI, pour modifier l’image utiliser PhotoShop.

 

Maîtriser les techniques avancées du graphisme vous donnera un véritable avantage. Pour aller plus loin dans la maîtrise de ces outils vous pouvez consulter les ouvrages suivants:

 

 

Gabarit

 

Dans tous les cas, avant d’envoyer vos illustrations, le prestataires vous mettra à disposition un gabarit qui permettra d’ajuster votre travail par rapport à la pochette du vinyle. Il y a deux pré-requis avant d’effectuer cette tâche:

 

  • Ajuster l’image ou l’illustration sur le centre du gabarit. Assurez vous que votre milieu est le milieu de la pochette vinyle.
  • Ajustez le fond perdu. Le fond perdu est la zone de débord qui permet que le fond soit bien imprimé sur toute la surface du document sans marge blanche. Lors de l’enregistrement de votre fichier sous PDF, dans l’onglet «Repères et fond perdu», cocher les cases trait de coupe et repère de montage. En général il doit-être de minimum 3 mm.

 

Police et ICC

 

Juste avant l’envoi de votre fichier final assurez vous des derniers détails.

 

 

  • Vectoriser la police. Si dans votre impression vous utilisez une police que les ordinateurs de votre imprimeur ne supporte pas, ils ne pourront pas ouvrir le fichier. Dans ce cas ils substitueront la police et votre création ne sera pas respectée. Pour éviter ce problème, assurez vous de transformer votre police en vecteur. Sur chaque logiciel de graphisme il existe une fonction dédiée.
  • Ne pas inclure le profil ICC. Le profil ICC est une information lue pas les imprimante leur permettant de savoir dans quel éventail de couleurs la machine va travailler. Assurez vous donc que votre fichier n’est pas en .icc.

 

 

Et l’administration ?

 

Pour passer une commande de vinyle, il est obligatoire d’avoir un identifiant SDRM. C’est l’identifiant qui permet de récolter vos droits en cas de diffusion de votre oeuvre. Vous pouvez l’obtenir en remplissant ce formulaire.

 

ATTENTION. Il existe une grande confusion sur le fait d’être inscrit ou pas à la SACEM pour bénéficier du code. Si vous n’êtes pas inscrit à la SACEM ou si vous êtes inscrit à un autre organisme de gestion de droits vous pouvez quand même obtenir un identifiant SDRM (gratuit).

 

Si vous êtes déjà adhérent à la SACEM, sachez que si vous commercialisez le vinyle, la redevance sur le prix au détail est de 7,40%. A noter qu’il existe des conditions différentes si le support est destiné à la promotion ou si il s’agit d’un cadeau. Les conditions sont à retrouver ici.

 

Au passage, pensez à inscrire vos titres à la SCPP (Société Civile des Producteurs Phonographiques) pour obtenir les codes ISRC. Ce code est indispensable pour percevoir les gains de votre dur labeur si il est exploité.

 

Pour finir, les prestataires en charge des commandes de vinyles vous demanderont parfois si vous souhaitez un code barre. Le code barre n’est pas obligatoire. Il est surtout très utile si vous distribuez votre disques, il permet un suivi efficace des stocks, des ventes et des achats auprès de distributeurs.

 

RESSOURCES

 

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