Je sortais d’une projection du film d’animation Moi Moche et Méchant 3 et je ne pouvais m’empêcher de m’interroger: pourquoi la culture pop des 80’s est systématiquement catégorisée comme kitsch ?

 

Je m’explique.

 

Dans le film, Gru, le papa par adoption et ex-moche et méchant pourchasse la dernière terreur mondiale: Balthazar Bratt. Une ex star de série TV des années 80, ressassant son passé glorieux et à la conquête de la domination mondiale. 

Un ‘méchant’ collectionneur de tout ce que la culture pop des années 80 avait de pire (ou de meilleur !?). Il est affublé d’une combinaison à épaulettes mauve et scintillante, une coupe mulet et une moustache complètement démodée. Son arme fétiche complète la panoplie: un lanceur de tube 80’s qui propulse tout ce qui se trouve en face.

 

Cette arme ? Une ‘keytar’ très symbolique de cette période musicale du ‘tout-synthétiseur’.

 

Le ‘tout-synthétiseur’ c’est la décennie musicale où les tubes pop vont être composés avec les nouveaux outils numériques de l’époque, nouvelles technologies qui vont inonder presque tous les tubes pop et rock de 1983 au début des années 90. Pour savoir à quoi je pense, voici quelques exemples:

 

  • La reprise du tube sixties Venus par Bananarama
  • Je pense aussi à des tubes complètement cultes/kitsch Français comme les Démons De Minuit de Emile et Images
  • Mais attention, le rock a eu sa variante 80’s à travers ce qu’on appelle le rock FM. Et là, je pense à Bon Jovi avec Livin’ On A Prayer ou le Final Countdown de Europe. 
  • Et puis mon péché mignon: la BO du film Commando avec Arnold Schwarzenegger (1983). Condensé de ‘boing boing’ et ‘pouet pouet’ synthétiques.

 

Bon, ceci étant dit, je m’interroge. D’abord pourquoi soudainement vit-on une sorte d’uniformisation de la musique mainstream après les glorieuses 60’s et 70’s ? Et pourquoi CE son ?

 

Eléments de réponses ci dessous.

 

Le son

 

La grande révolution du son des années 80 c’est la normalisation du numérique dans la production musicale. Alors, pourquoi et comment ?

 

Le numérique c’est une nouvelle façon de traiter le signal. Avant, on enregistrait les sons sur des supports analogiques, c’est-à-dire, qu’on ‘imprimait’ les ondes électromagnétiques sur des bandes ou des disques vinyles. Grâce à l’accès moins coûteux aux outils informatiques (baisse du coût des microprocesseurs), on peut désormais transformer les ondes sonores en langage informatique (binaire: 1 ou 0) et l’enjeu est énorme.

 

Désormais, on peut stocker le signal sur un espace plus petit, les instruments de synthèse musicale (synthétiseurs) deviennent moins coûteux. On passe d’outils analogiques encombrants comme le ARP (utilisé par exemple sur Won’t Get Fooled Again des Who) à des plus petits claviers à synthèse FM comme le Yamaha DX7.

 

Oui, le Yamaha DX7, qui à lui seul définit le son 80’s. C’est le clavier novateur créé par la société nipponne en 1983. Se basant sur une technologie née à Harvard en 1973, la synthèse FM, les ingénieurs de Yamaha créent un clavier qui permet 32 sons différents à partir de réglages par défaut (presets).

Yamaha DX7

Vendu à plus de 200 000 exemplaires, le son de ce clavier devient un standard dans l’industrie musicale. Voyez plutôt la liste (non-exhaustive) des tubes à base de DX7:

A-Ha – Take On Me

Le Flic de Beverly Hills soundtrack

George Michael – Careless Whisper

Depeche Mode – People Are People

Dirty Dancing – Time of My life

 

La commercialisation d’un tel instrument a pavé la route à une industrie musicale en recherche de profits et de rentabilité. Un clavier synthétiseur comme le Yamaha DX7 est une option parfaite pour gagner du temps (donc de l’argent) grâce à l’utilisation de ces presets et ses imitations d’instruments (basse, percussions) inégalables à l’époque.

 

Plus besoin d’embaucher un groupe entier pour l’enregistrement d’un titre, il suffit de faire appel à un seul musicien/producteur (plus ou moins) doué pour créer des tubes.

 

Le malheur dans l’apparition d’un tel outil – et de ses concurrents par la suite – est d’une part l’uniformisation du son de toute une décennie, et d’autre part un aspect fake et désuet sur une grande majorité des tubes.

 

Mais n’oublions pas que la décennie 80 enfantera quand même son lot de groupes et artistes cultes qui surferont sur la vague synthétiseur en en faisant un usage éclairé (Depeche Mode, Dire Straits et même Michael Jackson).

 

Le videoclip

 

Cette époque marque aussi le début du culte de l’apparence dans la pop internationale grâce à l’explosion du vidéo-clip.

 

Le concept même de vidéo musicale, remonte aux années 70. Les maisons de disques comprennent que pour toucher le public il faut que leur pool d’artistes ai un maximum de temps d’antenne. C’est selon cette logique que les clips vidéos vont naître.

 

D’abord les performances lives sont captées pour être re-diffusées dans plusieurs émissions à travers le monde. Pour ensuite dériver vers des court-métrages plus sophistiqués. C’est en 75 qu’on va commencer à parler réellement de clip promotionnel avec la diffusion de Bohemian Rapsody de Queen dans Top Of The Pop.

 

Mais, en 1981, l’avènement du vidéoclip comme norme dans l’industrie vient avec la naissance de la chaîne américaine MTV. C’est la chaîne de référence de diffusion de clips musicaux, sa programmation originale consistait à diffuser des clips en continu.

 

Grâce à MTV, Michael Jackson et Madonna vont devenir des stars planétaires, et créer le mythe de la popstars moderne hyper-présente (et chorégraphiée). Le premier, marquera l’histoire avec Thriller, court-métrage d’une dizaine de minutes réalisé par John Landis, et sera nommé meilleur clip des années 80 par le magazine Billboard. La seconde marquera les esprits avec son clip Like A Prayer, nommé quant à lui 2ème meilleur clip des années 80 par le même magazine.

 

Le tout puissant Compact Disc

 

Autre élément marquant des années 80: l’arrivée du Compact Disc. Les entreprises Sony et Phillips décident de travailler ensemble sur un projet de disque novateur. Phillips s’occupera de la conception et Sony définira le format d’encodage. L’objectif est d’avoir un support qui puisse rendre un son d’une qualité supérieure à une cassette ou un vinyle.

 

Ainsi naîtra le Compact Disc. Grâce au numérique on peut cloner les ondes sonores sans qu’elles soient altérées par les aléas de l’enregistrement analogique. Le CD permet également un plus grand stockage, donc des albums plus longs.

 

Les premiers disques sont commercialisée dès 1982, et sont des disques de musique classique. Le premier succès de ce nouveau format est l’album Brother In Arms (1985) de Dire Straits; vendu à plus d’un million d’exemplaires et intégralement enregistré en numérique.

 

L’apparition du CD signe aussi l’âge d’or de l’industrie du disque. Ce support est deux fois moins coûteux à produire qu’un vinyle et la réédition du catalogue existant permets aux maisons de disques de booster leurs revenus.  

 

Faire des économies d’échelles devient une obsession dans l’industrie du disque; vendre plus pour moins cher,  parfois au détriment de la qualité.

 

En fait, la décennie 80 est le miroir qui nous montre les origines de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui: techno-centrée, narcissique et consommable. Une version beta de tout ce qui fait la société de 2017 en somme. C’est finalement pour ça que Balthazar Bratt nous fait autant rire, nous le regardons avec une certaine condescendance.

 

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